L’intelligence artificielle s’est-elle déjà durablement installée dans le quotidien des organismes de formation ? Pour mesurer l’impact réel de ces technologies sur le terrain, Digiforma a mené l’enquête auprès de 218 professionnels du secteur.
Réalisée en juin 2026, celle-ci rassemble une grande variété de profils, portée en majorité par des directeurs et directrices d’OF (33,9 %) et des responsables pédagogiques (22 %). Plus de 7 répondants sur 10 (70,2 %) exercent au sein de structures formant moins de 500 apprenants par an, offrant ainsi une vision fidèle des réalités des TPE et PME de la formation professionnelle.
Tâches privilégiées, outils phares, freins majeurs et conformité : découvrez en chiffres et en infographie les grands enseignements de cette transition pédagogique et opérationnelle.

Adoption et fréquence : l’IA désormais ancrée dans le quotidien
L’usage de l’IA générative n’est plus marginal : 83,1 % des professionnels interrogés y recourent au moins plusieurs fois par semaine, dont 38,1 % quotidiennement. Seuls 3,7 % déclarent ne jamais l’utiliser, preuve d’une intégration rapide et durable dans les habitudes de travail.

Tâches prioritaires : le tandem création de contenus et administratif en tête
Les réponses de nos sondés montrent qu’avant tout l’IA est devenu pour eux un levier d’efficacité pour la création de contenus (67,9 %) et la gestion administrative (61 %). La veille et la recherche documentaire arrivent juste derrière (56 %), tandis que des usages plus avancés comme la personnalisation des parcours (24,8 %) et le feedback apprenants (16,5 %) commencent à émerger.
Parmi les 11 % d’autres usages déclarés, les répondants citent notamment l’aide à l’ingénierie (trames pédagogiques, amélioration continue, conformité Qualiopi), le secrétariat quotidien (rédaction de courriels, comptes-rendus, formules de calcul) ainsi que des missions commerciales et de communication, illustrant un rôle d’assistant polyvalent à l’échelle de la structure.

Boîte à outils : le leadership incontesté de ChatGPT
ChatGPT reste l’outil de référence, plébiscité par 84,4 % des professionnels sondés. Si Claude (39 %) et Gemini (33,5 %) occupent de solides places d’alternatives, les solutions spécialisées tirent aussi leur épingle du jeu, à l’image de notre Pétronille, intégrée à Digiforma (14,2 %).

Maîtrise du prompt : un niveau intermédiaire généralisé
Interrogés sur leur capacité à formuler des requêtes efficaces, les professionnels s’attribuent une note moyenne de 3,22 sur 5. Une large majorité (43,1 %) se situe au niveau 3, révélant une pratique bien installée mais qui demande encore à être perfectionnée pour exploiter tout le potentiel des différents modèles.

Gain de temps : une rentabilité opérationnelle largement plébiscitée
Pour 72,5 % des répondants, l’apport de l’IA se traduit par un gain de temps jugé « significatif » ou « très significatif » au quotidien. Seule une infime minorité (2,3 %) ne perçoit aucun retour sur investissement en matière de productivité.

Freins et limites : la confidentialité des données au cœur des craintes
Malgré cet enthousiasme, l’adoption se heurte à des garde-fous stricts : la sécurité et la confidentialité des données constituent le principal point de blocage pour 46,3 % des acteurs. Le déficit de formation (39,4 %) et le coût des outils (24,8 %) représentent également des freins notables à un déploiement plus large.

Perspectives d’avenir : la certitude d’une mutation profonde du métier
L’avenir de la formation sera indissociable de l’IA : plus de 19 formateurs sur 20 (96,2 %) prévoient une transformation de leur profession d’ici 3 ans, dont près de la moitié (47,4 %) s’attend à un bouleversement profond.

Conformité et IA Act : un chantier réglementaire encore en friche
Si les usages s’accélèrent, le volet réglementaire reste en retrait : près de 6 répondants sur 10 (58,7 %) n’ont encore rien engagé concernant la mise en conformité avec l’IA Act européen, et 20,6 % ne savent pas où ils en sont. Seules 11 % des structures ont déjà initié des actions concrètes.

Vos cas d’usage les plus marquants
Pour clore l’enquête, une dernière question appelait des réponses libres : « Quel est le cas d’usage IA le plus significatif que vous avez mis en place cette année ? ». Les 218 retours d’expérience recueillis témoignent d’une véritable professionnalisation des pratiques. Deux grands pôles d’application se démarquent très nettement :
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L’ingénierie et la production pédagogique : L’IA est aujourd’hui au cœur de la fabrique de formation. Les professionnels l’utilisent pour structurer des déroulés complets, calibrer des objectifs opérationnels avec précision, concevoir des études de cas sur mesure et convertir des cours magistraux présentiels en parcours interactifs ou e-learning.
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La qualité et le pilotage administratif : C’est le levier phare de l’année. Les équipes s’appuient sur l’IA pour consolider leur conformité Qualiopi (procédures internes, revues qualité, préparation d’audits), mais aussi pour automatiser le traitement souvent lourd des questionnaires d’évaluation à chaud et à froid, ou encore synthétiser les bilans de compétences.
Enfin, quelques structures pionnières vont encore plus loin en déployant des simulateurs managériaux, des agents conversationnels internes pour résumer les réunions clients, ou encore des chartes éthiques encadrant l’usage des outils directement auprès des apprenants.
Pour conclure
S’il y a un enseignement à retenir de notre enquête, c’est que le débat « pour ou contre l’IA » est définitivement derrière nous. Sur le terrain, les organismes de formation ont déjà tranché : l’outil est adopté, intégré, et le gain de temps n’est plus à prouver. Mais attention au mirage. En se concentrant massivement sur la création de contenus et l’automatisation administrative, beaucoup d’acteurs restent encore à la surface du potentiel pédagogique réel.
Le véritable goulet d’étranglement des trois prochaines années ne sera pas technologique, mais stratégique et réglementaire. Voir près de 80 % des structures dans l’angle mort complet de l’IA Act ou sans démarche de mise en conformité est un signal d’alerte. Aujourd’hui, les craintes sur la confidentialité des données explosent, et la profession doit impérativement passer du bricolage individuel à une gouvernance d’équipe responsable. Gagner deux heures sur un déroulé pédagogique, c’est bien ; garantir la sécurité des données de ses apprenants et structurer ses process pour rester pérenne et finançable demain, c’est vital. Le virage est pris, il s’agit maintenant de bien tenir la trajectoire !
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