Évaluer les acquis : fondement de toute formation et certification… et levier stratégique pour les organismes de formation

L’évaluation des acquis est bien plus qu’une étape réglementaire ou une case à cocher dans un process qualité. Elle constitue le socle sur lequel repose la crédibilité d’un parcours certifiant… mais pas que !

Une formation professionnelle n’a de valeur que si l’on peut prouver que les compétences visées ont été effectivement acquises et sont mobilisables dans un contexte professionnel réel.

Dans le cadre d’un enregistrement au Répertoire Spécifique ou au RNCP, la question de l’évaluation est systématiquement au cœur de l’instruction des dossiers. En effet, pour France Compétences, l’évaluation certificative n’est pas un élément « secondaire » (ce qui est encore le cas pour bon nombre d’organismes de formation qui résument l’évaluation à un quizz ou petit exercice théorique…), mais bien le cœur de la démonstration attendue : c’est elle qui permet de garantir que la certification délivrée constitue un repère fiable pour le marché du travail.

Cette exigence dépasse largement le cadre administratif. Elle doit résonner pleinement dans la stratégie de l’organisme porteur du projet – mais aussi de tout organisme de formation quand bien même il ne s’inscrirait pas dans un projet de certification – car elle engage à la fois sa responsabilité et sa réputation.

Évaluer et délivrer un certificat de réussite, c’est affirmer que le titulaire maîtrise les compétences (autrement dit les objectifs de la formation), que ces dernières ont été observées et mesurées de manière objective.

Et, cerise sur le gâteau (qui n’est pas une option pour les porteurs de projets de certification), si l’évaluation est assurée par un jury autre que le formateur, alors son impartialité est assurée.

 

La certification s’articule autour de l’évaluation

 

On a parfois tendance à aborder le sujet de l’évaluation (j’entends par là le « comment va-t-on évaluer ? ») en fin de parcours, comme un simple outil de validation. Or, elle devrait être au contraire l’élément de départ de toute ingénierie de certification et de formation. Un projet certifiant (mais aussi de formation, vous l’aurez compris) se construit d’abord autour de la démonstration de la compétence acquise. Cela signifie que les modalités d’évaluation doivent être conçues en amont, pour refléter au plus juste les situations professionnelles que le titulaire sera amené à gérer.

De la même manière, la formation qui prépare à cette certification ne peut être pensée indépendamment du dispositif évaluatif. L’un et l’autre sont étroitement liés. Si l’on modifie une épreuve, il est souvent nécessaire de revoir le déroulé pédagogique ; si l’on introduit une nouvelle compétence à évaluer, cela impacte à la fois le contenu de la formation et la manière dont elle se termine.

C’est donc une approche circulaire, et non linéaire : l’évaluation ne vient pas après la formation, elle la structure. Et cette articulation est essentielle à la fois pour répondre aux exigences de France Compétences, mais aussi – et surtout – pour offrir une expérience cohérente et efficace aux futurs apprenants et titulaires.

 

Évaluer pour attester : une exigence de fond et de forme

Dans le cadre d’un dossier RS ou RNCP, l’évaluation vise à attester que les compétences du référentiel sont réellement maîtrisées. Cela suppose plusieurs choses : d’abord, que les compétences en question soient observables et évaluables (c’est tout l’enjeu du travail sur le référentiel de compétences). Ensuite, que les épreuves proposées permettent effectivement de recueillir la preuve de cette maîtrise, dans des conditions réalistes, équitables et reproductibles.

🎯Le choix des modalités d’évaluation dépend donc intrinsèquement de la nature des compétences visées.

  • Lorsqu’il s’agit de vérifier l’acquisition d’un savoir, on pourra recourir à des outils tels que des QCM, des questionnaires écrits ou oraux, voire des quiz numériques.
  • Si l’on souhaite observer un savoir-faire, une mise en situation professionnelle (réelle ou reconstituée) sera bien plus adaptée.
  • Enfin, pour les savoir-être associés à un savoir faire – qui relèvent de la posture, du comportement ou de la relation –, il est souvent pertinent de passer par des jeux de rôle, des simulations, ou des entretiens avec jury.

 

L’évaluation comme repère pour le marché

La fonction de l’évaluation ne s’arrête pas à valider l’apprentissage. Elle joue aussi un rôle structurant dans la reconnaissance des compétences transférées sur le marché. Une entreprise, un recruteur ou une branche professionnelle ne peuvent faire confiance à un titre ou une certification que si celle-ci repose sur une évaluation sérieuse, claire et cohérente avec les réalités métier.

C’est ce qui explique pourquoi l’enjeu de l’objectivité est si fort. Une certification, ou une attestation de réussite, délivrée sur la base d’un simple test écrit, sans observation de la compétence mise en œuvre, aura peu de valeur pour le monde professionnel. À l’inverse, une certification qui mobilise des évaluations en situation, croisées avec des écrits professionnels et des présentations orales, sera perçue comme beaucoup plus robuste.

La responsabilité du certificateur et de l’organisme de formation qui prépare à l’acquisition des compétences est donc engagée sur deux fronts : garantir la fiabilité de son dispositif d’évaluation d’une part, et démontrer que celui-ci est suffisamment rigoureux pour produire un niveau reconnu, mobilisable et transférable dans le monde professionnel.

 

Penser des évaluations faisables et équitables

Concevoir un bon dispositif d’évaluation, c’est aussi penser à sa faisabilité opérationnelle.

De  nombreux projets proposent encore des mises en situation idéales sur le papier, mais difficilement organisables dans les faits, faute de moyens techniques, humains ou logistiques. Cela peut devenir un vrai frein au déploiement de l’évaluation.

Il est donc nécessaire d’anticiper tous les paramètres de mise en œuvre :

  • les ressources nécessaires,
  • la formation des jurys,
  • les critères d’évaluation,
  • les supports, les durées, les seuils de réussite.Le dispositif doit être réaliste, duplicable, et pouvoir s’appliquer à différents profils de candidats. En bref… exit les usines à gaz. Evaluations sérieuses ne rime pas systématiquement avec complexité (en revanche avec pertinence oui !).

Il convient également de tenir compte des publics visés. Une même compétence ne s’évaluera pas de la même façon selon qu’elle s’adresse à des cadres ou des techniciens, à des professionnels en reconversion ou à des salariés expérimentés. Des aménagements peuvent être nécessaires pour assurer l’équité – notamment pour des publics en difficulté avec l’écrit, ou en situation de handicap.

Une bonne pratique consiste à tester les modalités en amont, en conditions réelles ou simulées, pour s’assurer de leur pertinence, de leur clarté et de leur faisabilité. Ce retour d’expérience permet d’ajuster les modalités, les supports ou encore la durée des épreuves avant la généralisation du dispositif.

 

En conclusion : évaluer, c’est structurer, prouver, professionnaliser

En somme, l’évaluation des acquis n’est pas qu’un outil pédagogique et certificatif : c’est un levier stratégique pour les organismes qui souhaitent professionnaliser leurs parcours, légitimer leurs formations et renforcer la reconnaissance de leurs titres.

C’est aussi un moyen de donner du sens à l’ensemble du processus de formation : car si ce qui est enseigné ne peut être attesté, alors il devient difficile d’en revendiquer la valeur.

Dans un contexte réglementaire où les exigences de qualité sont croissantes, et où les attentes du marché se renforcent, l’évaluation est plus que jamais un facteur différenciant. Il s’agit alors de se saisir de cette formidable opportunité de structurer des parcours plus solides, plus cohérents et plus impactants.

 

 

 

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